Tout public
Dans un village népalais niché au cœur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l'une des mères de la communauté, rêve de s’échapper avec l’homme qu’elle aime. Mais lorsqu’une de ses filles disparaît, elle se doit mener l'enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.
de Abinash Bikram Shah
Népal, sortie en salle le 23 septembre 2026, 1h47
Bande à part - Olivier Pélisson :
Abinash Bikram Shah tient son film avec poigne et intensité. La précision des cadres, des mouvements, et l’amplitude chromatique du travail du directeur de la photographie Noé Bach (La Terre des hommes, Little Girl Blue, Diamant brut, La Vie d’une femme) contribuent à une somptuosité formelle dénuée d’effets clinquants. Il y a de la brutalité dans le monde décrit. Mais aussi un attachement profond, à la Terre, aux croyances, et aux sœurs d’âme, dans ce thriller mâtiné de western. Le brio du cinéaste repose aussi sur un amour profond de la narration, qui lui fait dépasser le simple témoignage sociologique, pour atteindre à l’universel par la puissance de son histoire et de ses personnages, tout en inscrivant l’aventure humaine et spirituelle dans un décor phénoménal. Une forêt obsédante, touffue, mystérieuse, où plane l’évocation de la peuplade d’éléphants sauvages. Par son rythme implacable, tout en prenant son temps, par le visage progressivement déterminé de Pirati, cette découverte saisit dès sa vision et ne lâche plus son spectateur. Dense comme une brume qui ne disparaîtrait jamais.
Teaser :
Au Népal, l’éléphant est un animal paradoxal : admiré, voire vénéré à travers la figure divine de Ganesh, il est aussi craint pour ses ravages dans les récoltes et traqué par le braconnage ou pour le tourisme. Cette même ambivalence frappe la communauté des Kinnars. Bien que l’État reconnaisse officiellement un troisième sexe, les femmes trans qui la composent subissent une violente contradiction : leurs puissantes bénédictions sont ardemment recherchées, mais leur présence reste marginalisée, trop souvent cantonnée au travail du sexe.
Tout en documentant avec une infinie pudeur la dureté de la condition trans dans le Népal contemporain, le film déploie un geste de cinéma sidérant. Sa photographie, baignée de pastels bleutés lors de crépuscules d’une beauté renversante, captive, d’autant plus lorsque le récit épouse les codes du genre, frôlant l’atmosphère d’un David Fincher. Magistral sur le fond comme sur la forme, LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME affronte avec force le « pachyderme dans la pièce » : la précarité absolue des droits trans. Mais plutôt que de céder à un tragique résigné, Abinash Bikram Shah signe une séquence finale grandiose, un droit de réponse farouche qui hante l’esprit bien après le générique.
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