Depuis le mois de mai 2024, Ciné9 a ouvert de nouveaux horizons à PAMIERS
en partenariat avec le cinéma Le REX.
Les séances ont lieu un lundi par mois.
Cher·es spectatrices et spectateurs,
L’association loi 1901 Ciné 9 s’emploie à défendre et promouvoir le cinéma d’auteur et le cinéma Art et Essai dans les salles de cinéma de l’Ariège. Cette association est ouverte à tous·tes depuis sa création en 2005 et les adhérent·es sont un soutien essentiel à ce projet culturel.
Grâce à ces adhérent·es, ses spectatrices et spectateurs et ses différents soutiens, cette association peut mener à bien une ligne de programmation exigeante et une politique d’animation active : soirées débats avec réalisatrices, réalisateurs ou intervenant·es, ciné-concerts, mini festivals …
Nous avons plus que jamais besoin de vous pour continuer à faire vivre ce lieu d’échanges et de rencontres autour du cinéma.
Vous pouvez télécharger le bulletin 2025 ci-dessous ou l'obtenir au guichet de vos cinémas.
Et vous pouvez choisir d'effectuer le règlement par virement, ou bien par chèque ou espèces transmis par courrier postal ou remis à l'association.
Il est rappelé que les projections et les animations sont ouvertes à tous·tes,adhérent·es ou non.
Il y a 130 ans, les frères Lumière inventaient le cinéma. Tout était déjà là, les plans, les travellings, le drame, la comédie, le jeu des acteurs… Grace à la restauration de plus de 120 vues Lumière inédites, le film nous offre le spectacle intact du monde au début du siècle et un voyage stimulant aux origines d'un cinéma qui ne connait pas de fin.
de Thierry FRÉMAUX
France, 19 mars 2025, 1h4
Bande à part :
La plupart des vues de 50 secondes prises en caméra fixe font naître à nos lèvres un sourire tenace. La sensation soudain de se retrouver comme neuf, face à ce cinéma des origines qui sait déjà tout faire, tout dire, tout embrasser. Ce qui se joue sur l’écran est vrai et beau. Les cadres sont splendides, la composition des plans est inouïe, le mouvement est partout dans un tramway, une malle-poste, une femme ramassant à la fourche des herbes, des marins tirant des filets de pêche vers le sable. C’est magique.
Il faudrait montrer Lumière, l’aventure continue aux jeunes spectateurs et aspirants metteurs en scène comme aux très vieux, car ce documentaire est de ceux qui font naître la flamme ou la raniment. Ces films du passé sont l’avenir du cinéma.
Nota bene : Restez jusqu’à la fin du générique pour voir un clin d’œil à l’ami Bertrand Tavernier.
A voir A lire:
Lumière, l’aventure continue ! aiguise le regard pour appréhender la matière filmique. On découvre avec beaucoup d’intérêt le passage d’un cinéma documentaire à celui du cinéma joué où les comédiens donnent à penser le monde autrement. De plus, la technique visuelle et esthétique du cinéma se révèle peu à peu, grâce à un bateau qui coule sur la mer, un train ou un trottoir animé qui s’enroulent le long des rues. Thierry Frémaux explique la contre-plongée, le travelling, comme une invitation à regarder les films autant pour les histoires qu’ils racontent, que la manière dont techniquement le miracle se produit. Le réalisateur fait un vrai cadeau au public dans cet espace condensé où des œuvres des Lumière sont révélées sur le grand écran, parmi plus de cinq mille bandes qui composent le patrimoine artistique de l’Institut Lumière.
Ankara, 1999. Arzu enchaîne les appels tarifés dans le call center érotique où elle travaille. Quand un séisme soudain frappe Istanbul, un jeune homme avec lequel elle était en ligne est pris au piège sous des décombres et la supplie de le sauver. Arzu saurait bien qui appeler... au péril de sa propre vie.
de Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI
France Turquie, 6 août 2025, 1h16
Avoir Alire :
C’est un film court, ramassé, à l’image du seul lieu où il se déroule, à savoir les bureaux étroites d’une hotline à caractère sexuel. Les hommes de tout âge appellent et se répandent de fantasmes, d’injures ou parfois simplement de confidences auprès de ces écoutantes d’un genre particulier. Elles ne sont pas prostituées, juste là, au bout d’un téléphone où résonne toute l’ignominie humaine, de surcroît masculine. Arzu (il s’agit de son nom de scène, si l’on peut dire ainsi) enchaîne les conversations téléphoniques, pour le grand bien de son patron harceleur qui encaisse le prix faramineux de ces minutes érotiques. Puis soudain, les murs tremblent. Istanbul vient de subir un tremblement de terre dont les conséquences sont si terribles que les secousses se font ressentir jusque Ankara. Et au bout du fil, à ce moment, un jeune de quinze ans, qui va se retrouver entre la vie et la mort, sous un monceau irrespirable de pierres.
On se souvient encore du film danois The Guilty (2018) ayant pour lieu un centre d’appel de police, axé sur la sécurité d’une femme kidnappée qui était parvenue à appeler les secours. Le danger vient ici d’un tremblement de terre, avec pour corollaire un mystérieux carnet rouge où sont en jeu un procureur célèbre et des trafiquants dont on imagine qu’ils seront les seuls capables de sauver le jeune homme sous les décombres. Mais le vrai sujet de cette rescousse demeure le destin même d’Arzu qui doit composer avec l’emprise masculine sous toutes ses formes, qu’elle émane de ses confidents au téléphone ou de son environnement professionnel et familial.
Ciné europa :
Intense, sans concession et claustrophobique, à la lisière du cauchemar, le film oscille entre un réalisme brut étouffant et une distance symbolique sous-jacente (un des personnages clés écrit d’ailleurs un scénario). Jouant sur le motif du double, les cinéastes dénoncent frontalement l’hypocrisie masculine, la violence sous les masques, la corruption des élites, la contamination toxique des jeunes générations ("toute sa vie, elle aura peur des hommes et je me demanderais si mon fils ferait pareil") et le climat général (la peur, l’asservissement, les secrets coupables, "le pire, c’est oublier qu’en face il y a un autre humain"). Cela fait parfois un peu beaucoup pour un seul film aussi tendu (76 mn), mais le final emporte le morceau et l’adhésion pour une oeuvre téméraire portée par une héroïne moderne qui sait que "fuir n’apporte de bonheur à personne" et que "même seule, le personnage féminin peut devenir elle-même".